Durant un séjour à l’'étranger,
j'appris qu'un metteur en scène du pays voulant insérer un acte de mime
dans son spectacle avait réuni ses acteurs pour leur dire :
« Bougeons beaucoup, puisque nous ne parlons pas. »
Or, le bavardage n'est pas un principe de l'art oratoire.
Je préfère la grandeur au nombre.
Le pur est une espèce de grandeur, car le pur se discerne mieux.
Epurer la ligne, ensuite l'agrandir ; après, le nombre est inutile,
donc nuisible.
En boxe, un coup « appuyé » en vaut quatre.
Je préfère l'attitude au geste. Elle est singulier, il est trop pluriel.
Ou trop singulier : sous l'occupation, tels amis de l'Ennemi eurent
parfois un beau geste. D'autres hommes eurent une belle attitude.
Dans les deux cas, le geste passe, l(attitude reste.
Le geste s'adresse, il n'a pas d'adresse.
On dit geste de l'orateur, lequel ne
produit rien.
On dit pourtant geste du semeur.
Dit-on geste du laboureur ? de ses boeufs ? du porteur de
sac de ciment ?
Moins.
On dirait qu'à propos d'un travail, l'emploi du mot 'geste' se raréfie
en proportion de la montée de l'effort. Le geste aurait surtout pour
fonction d'indiquer’ aux autres ce qu'ils ont à faire.
Mettons qu'il y ait geste et geste.
Par contre, gesticulation qui n'est pas un mot équivoque comporte le
mot geste.
Dira-t-on que le mime est un art de mouvement dans lequel l'attitude
n'est que ponctuation ?
J'ai dit que je préfère l'attitude au geste.
Je n'ai pas dit que je préfère l'attitude au mouvement. Pas encore.
Si l'attitude est la ponctuation du mime, il faut convenir qu'elle ne
peut pas le remplir.
Il est évident qu'un discours n'est pas fait de ponctuation.
Mais les choses ne sont pas si simples.
L'attitude est peut-être plus qu'une ponctuation de mouvement. C'en
est peut-être le témoin, le bilan. En tout cas, c'est un résultat.
Si l'on tombe du haut d'un gratte-ciel, le mouvement est spectaculaire,
mais s'arrêter en route le serait davantage.
Autre chose :
On peut concevoir un mouvement comme une succession d'attitudes.
Le cinématographe est en un sens conforme à cette recette puisque devant
un mouvement continu, il ne prélève que des instants qu'on appelle des
instantanés. Cela ne l'empêche pas de nous donner ensuite une impression
de continu, malgré le saut qu'il fait d'une image à une autre. Il a
taillé des attitudes dans le mouvement réel.
Ce qui incombe au mime, c'est de juxtaposer les nombreuses attitudes
qu'il a construites.
Ce serait un mouvement à odeur d'attitude.
Face au ralenti de cinéma qui compose le réel, nous aurions une lenteur
qui compose l'idéal.