Le compositeur allemand Hans Werner Henze, membre du groupe 47 (groupe d'écrivains allemands dont l'influence sur la récréation d'une littérature germanique après la deuxième Guerre mondiale est essentielle) veut écrire un opéra et compte s'inspirer du drame de Heinrich von Kleist « Le prince de Hombourg ». Il s'adresse alors à la poétesse autrichienne, Ingeborg Bachmann, qu'il a rencontrée lors d'une réunion du groupe 47 pour avoir son opinion.
Le drame de Kleist met en scène un jeune officier Frédéric, prince de Hombourg, qui est somnambule. Au début de la pièce, on le voit surpris dans cet état étrange par les gens de la Cour. En se retirant, sa fiancée, Natalie, laisse tomber un de ses gants que le prince recueille. A son réveil, il voit le gant et en demeure si troublé qu'il écoute à peine les ultimes recommandations données pour la bataille qui va se livrer entre les Brandebourgeois et les Suédois. Au moment décisif, le prince transgresse donc ces dispositions, mais remporte néanmoins la victoire. Le voici héros du jour et, en même temps, coupable d'une désobéissance. Le grand électeur de Brandebourg, qui est l'oncle de Frédéric, tient à ce que l'indiscipline de son neveu soit punie de manière exemplaire. Stupeur du prince de Hombourg, d'abord agité, puis terrorisé à l'idée de la mort. Mais lorsque, devant les supplications générales et la puissante intervention de Natalie, le grand électeur remet la décision suprême entre les mains du coupable, Frédéric prend le parti de l'Etat contre lui-même. Les yeux bandés, il se voit conduire à la mort qu'il a acceptée ; mais quand il relève son bandeau, il voit, comme au début de la pièce, la cour réunie autour de lui, et Natalie qui lui remet une couronne de laurier. A la question du prince si tout cela était un rêve, la cour répond : « Un rêve – quoi d'autre ?
Histoire d'un jeune révolté qui finit par se soumettre ou celle d'un roi qui renonce à son intransigeance, l'œuvre est une transposition poétique de toute la vie prussienne. Frédéric est au début un pur romantique, mais il revient, enrichi par cette expérience extraordinaire, à la vraie tradition prussienne de sa terre natale. Il est en somme le portrait idéal de Kleist lui-même quoique celui-ci, par son tragique suicide, semble être retourné au plus désespéré des romantismes. |